Retour d’expérience de 7 mois d’utilisation d’un robot de préparation de chimiothérapies stériles : analyse d’activité, performance et limites
30 septembre 2026
E. Kadushkina, A. Delépine, R. Desmaris, M. FriouInstitut Curie, Saint-Cloud, France
Contexte
L’automatisation de la préparation des chimiothérapies vise à améliorer la sécurisation, la traçabilité et l’organisation en ressources humaines des unités de reconstitution. Nous présentons un retour d’expérience sur 7 mois d’intégration du robot Kiro Isolator® (Grifols) dans une unité de préparations d’un centre de lutte contre le cancer.
Matériel et méthodes
Analyse rétrospective de juillet 2025 à janvier 2026. Les données provenaient du logiciel de Kiro®, de Chimio® et statistiques fournis par Grifols, et portaient sur l’activité globale, les préparations robotisées, les molécules concernées, les non-conformités, la formation et l’impact organisationnel.
Résultats
Sur 19 797 préparations, 27,5% ont été réalisées par le robot, avec une médiane de 42/jour de production (Q1-Q3 : 30-50). 15 molécules ont été prises en charge, principalement paclitaxel (n=1424), cyclophosphamide (n=791), 5-fluorouracile en diffuseur (n=599) et doxorubicine (n=528). Ce choix privilégiait les produits visqueux, à gros volumes, à reconstitution longue et les molécules produites de façon anticipée. Le taux de rejet était de 0,86% (47/5456), dont plus de la moitié pour écart gravimétrique > ±5%. Plusieurs molécules (pembrolizumab, bevacizumab, cytarabine, Etopophos®) ont été secondairement exclues, leurs cycles étant jugés non efficients (monopolisation du carrousel). Trois préparateurs ont été formés (une semaine de formation chacun).
On a calculé un temps de préparation de 7,4 min/préparation contre 4,1 via DrugCam® par un préparateur expérimenté. Le temps moyen de mise à disposition d’une préparation libérée (début du pré-traitement à fin du post-traitement) était d’environ 60 minutes, lié au fonctionnement par cycles de 6,8 préparations en moyenne (médiane = 7), chacune n’étant libérée qu’à l’issue du cycle complet. Une contamination microbiologique environnementale a imposé une stérilisation de l’isolateur sur une demi-journée. La période a compté 5 jours de panne, dont 2 avec intervention technique.
Discussion / Conclusion
Ce premier retour d’expérience confirme la faisabilité de l’intégration du Kiro Isolator® en routine, avec 27,5% de l’activité robotisée et une sélection des molécules guidée par leur intérêt de fabrication. Le bénéfice est avant tout organisationnel : décharge des préparations pénibles, autonomie des préparateurs et anticipation, sans gain de cadence, le temps de cycle robotisé restant supérieur au temps manuel. La dépendance technique et l’épisode de contamination rappellent la nécessité d’un plan de continuité et d’une surveillance microbiologique rapprochée. L’optimisation reposera sur une sélection rigoureuse des molécules réellement efficientes en cycle et une évaluation continue des performances.