Quand l’expertise pharmaceutique est mise à l’épreuve pour la préparation des produits expérimentaux
30 septembre 2026
E. Allouis, A.Riazi, M. Renault-Mahieux, V. Archer, M.CarvalhoAPHP, Hôpital Henri Mondor, Créteil, France
Introduction et objectif
La proportion d’études cliniques nécessitant des préparations de médicaments expérimentaux a augmenté ces dernières années. Cette évolution, couplée à des exigences protocolaires renforcées, réduit les capacités d’adaptation des centres. Des désaccords récurrents avec les promoteurs sont observés lors des mises en place (MEP), souvent sans justification scientifique, avec un sentiment de non-prise en compte de l’expertise pharmaceutique. L’objectif était d’objectiver ces désaccords et d’en évaluer les risques associés.
Matériels et méthodes
Tous les désaccords survenus lors des MEP d’études nécessitant des préparations ont été colligés de novembre 2022 à décembre 2024 en recueillant la nature du désaccord, les propositions pharmaceutiques et les retours des promoteurs. Des situations représentatives ont été sélectionnées pour constituer des scénarios, évalués par un panel national de pharmaciens experts (sélectionnés selon un profil d’activité comparable) lors de réunions, avec identification et cotation consensuelle des risques potentiels (organisationnel, manipulateur, patient) selon une grille prédéfinie.
Résultats
Sur 67 MEP, 35 ont abouti à au moins un désaccord. Ils portaient sur les étapes de préparation (45%), un dispositif médical inadapté (15%) ou encore une préparation différente de celle de la spécialité commerciale (15%). Sur les 53 désaccords, 29 jugés impactant ont conduit à des propositions au promoteur, avec 17 (59%) refus, dont près de 60% sans justification scientifique, entraînant le blocage de 3 études.
Dix-huit scénarios ont été analysés par 19 pharmaciens experts. L’analyse des risques a révélé un risque de désorganisation du service clinique dans 39% des cas et de la pharmacie dans 89% des cas (dont 44% de risque majeur à critique).
Un risque pour le patient a été identifié dans 61% des scénarios dont 73% jugés critiques et 27% catastrophiques. Enfin, 39% des situations comportaient un risque pour le manipulateur, de gravité critique (90%) ou catastrophique (10%).
Discussion et conclusion
Cette étude souligne la fréquence élevée de désaccords entre pharmaciens et promoteurs lors des MEP impliquant des préparations, avec des adaptations majoritairement refusées. L’analyse suggère que ces désaccords, au-delà des contraintes organisationnelles, entraînent des risques significatifs pour les patients et le personnel et démontre que certaines exigences protocolaires compromettent paradoxalement la sécurité et la faisabilité des préparations Notre expertise est souvent ignorée au profit d’une application stricte du protocole, empêchant toute remise en cause alors que des risques majeurs à critiques sont identifiés, et nous laissant pour unique levier le blocage de l’étude. L’intégration en amont de l’expertise pharmaceutique est nécessaire pour garantir la sécurité et la faisabilité des essais cliniques.