Contamination lors du contrôle analytique de routine par HPLC dans une unité de préparation de médicaments injectables stériles : impact sur la fiabilité analytique et mise en œuvre d’une procédure corrective de nettoyage
30 septembre 2026
F. Kérourédan 1, J.M. Bernadou 1, S. Dubois 1, A. Berroneau 1, G. Bouguéon 1,21. Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux, Pessac, France
2. Laboratoire ARNA, ChemBioPharm, INSERM U1212, UMR 5320 CNRS, Université de Bordeaux, France
Introduction
Au sein de notre unité (65 000 préparations/an), environ 10 000 préparations injectables stériles (12 molécules) sont contrôlées par chromatographie liquide haute performance (HPLC) avec détection UV-DAD, par méthode séparative sur colonne ou analyse par injection en flux continu (FIA). Dans un contexte d’activité croissante, une contamination entraînant une surestimation des dosages a été observée, compromettant la fiabilité du contrôle de routine et expose à la libération de préparations hors spécifications.
Matériels et méthodes
Les dosages ont été réalisés en production en flux continu (limites : ± 15 % de la concentration théorique). Les séquences impliquant trois molécules suspectées (cytarabine, paclitaxel et 5-fluorouracile [5-FU]) ont été étudiées sur 7 mois. En cas d’effet mémoire, un nettoyage manuel externe de l’aiguille d’injection était suivi d’un lavage automatisé avec une solution eau/acétonitrile 50:50 (%v/v). Le critère d’efficacité était une hauteur de pic résiduel < 2 mAU après injection d’eau.
Résultats
La contamination a été révélé par des dosages du paclitaxel hors spécifications (> 115 %). Vingt-six épisodes de surestimation ont été relevés (μ = 119,4 % [115,2–122,9 %]). Le phénomène s’accentuait au cours de la journée et après l’analyse de flacons de cytarabine, suggérant l’implication du passeur d’échantillon. Après nettoyage, le pic résiduel était < 2 mAU dans 100 % des cas et les dosages du paclitaxel redevenaient conformes (μ = 100,7 % [98,5–103,8 %]).
Discussion
L’analyse répétée de molécules différentes semble favoriser leur accumulation sur les surfaces métalliques et polymériques du système d’injection. Le mécanisme est compatible avec une adsorption sur les surfaces du passeur d’échantillon, suivie d’une désorption et d’un relargage. Leurs propriétés physicochimiques - hydrophilie de la cytarabine, forte lipophilie du paclitaxel et aptitude du 5-FU à cristalliser sur les surfaces - pourraient y contribuer. Les cycles automatisés de lavage du système HPLC semblent insuffisants pour prévenir cet effet mémoire. La procédure standardisée développée constitue une mesure corrective simple et efficace pour maîtriser ce risque.
Conclusion
Cette étude met en évidence l’impact de l’effet mémoire sur la surestimation des dosages par HPLC. Une procédure de nettoyage ciblé a rétabli la conformité analytique et amélioré la fiabilité du contrôle HPLC de routine des préparations injectables stériles.