Surveillance environnementale de la contamination résiduelle des surfaces de travail par 14 médicaments anticancéreux dans 11 unités de reconstitution de chimiothérapies en France entre 2023 et 2025

30 septembre 2026

M. Nehlil 1, C. Wadela 2, B. Atgé 3, C. Sciaux 3, A. Villa 4,5, M. Canal-Raffin 1,2
1 Laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie, Centre Hospitalo-Universitaire de Bordeaux, France
2 Inserm U1219, équipe EPICENE, Université de Bordeaux, France
3 AHI 33, Bordeaux, France
4 Centre régional des pathologies professionnelles et environnementales, AP-HM, France
5 Equipe CeRESS, Université d’Aix-Marseille, France

Contexte
De nombreux professionnels de santé sont exposés quotidiennement aux médicaments anticancéreux (MAC) dont la plupart sont classés « dangereux » à la manipulation. La principale voie d’exposition est la voie cutanée, via notamment des surfaces de travail contaminées. La surveillance des surfaces permet d’évaluer les pratiques professionnelles et les procédures de nettoyage, et d’orienter vers des mesures préventives en particulier dans les unités de reconstitution des chimiothérapies (URC). Ce travail vise à évaluer la contamination résiduelle des surfaces de travail par 14 médicaments anticancéreux dans 11 URC en France et à comparer les résultats aux données internationales.

Méthodes
Afin de standardiser les procédures de prélèvements, des kits accompagnés d’un protocole ont été fournis aux 11 URC. Entre 2023 et 2025, 225 échantillons de surface ont été collectés dans différentes zones des URC (paillasses, isolateurs, hottes à flux laminaire, équipements informatiques, etc). Simultanément, 14 MAC (5-fluorouracile (5FU), cyclophosphamide, cytarabine, dacarbazine, daunorubicine, doxorubicine, épirubicine, étoposide, gemcitabine, ifosfamide, méthotrexate, paclitaxel, pemetrexed, vincristine) ont été recherchés et quantifiés par chromatographie liquide à ultra-haute performance couplée à la spectrométrie de masse en tandem. Une analyse statistique (médiane, quartile 1 et quartile 3 [Q1 - Q3], 90e percentile) des quantités résiduelles de MAC, exprimées en pg/cm², a été réalisée avec le logiciel RStudio®.

Résultats
Au total, sur les 225 échantillons analysés, 80% se sont révélés positifs à au moins un MAC. Par URC, le pourcentage d’échantillons positifs pour au moins une molécule variait de 29% à 100%, avec une moyenne de 83%. Parmi les 14 molécules recherchées, seuls la daunorubicine et le pemetrexed n’ont jamais été détectés. Les composés les plus souvent détectés étaient la gemcitabine, le cyclophosphamide et le 5FU, avec des taux de positivité respectifs de 67%, 55% et 44%. La quantité résiduelle médiane était de 0,68 pg/cm² [0,22 – 4,96] pour la gemcitabine, 1,22 pg/cm² [0,20 – 4,28] pour le cyclophosphamide et 5,50 pg/cm² [0,71 – 34,3] pour le 5FU. Les 90e percentiles étaient de 27,4 pg/cm² pour la gemcitabine, 27,5 pg/cm² pour le cyclophosphamide et 238,6 pg/cm² pour le 5FU.

Discussion - conclusion
La contamination résiduelle par les MAC est largement présente sur les surfaces de travail, avec une variabilité notable selon les URC suggérant une marge d’amélioration des pratiques. Les résultats sont cohérents avec les données de la littérature concernant les MAC les plus retrouvés et les quantités résiduelles. Bien que globalement faibles, ces quantités retrouvées soulignent le besoin de renforcer les procédures de nettoyage et de surveiller les surfaces de travail pour réduire, aussi bas que possible, les niveaux d’exposition des professionnels de santé aux MAC.

Mots-clés : exposition professionnelle, résidus cytotoxiques, surveillance environnementale

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