Risque chimique terroriste : recherche et contre-mesures opérationnelles

Christophe Piérard, PhD, HDR Unité Vésicants – Département Toxicologie et Risques Chimiques
Institut de Recherche Biomédicale des Armées
B.P. 73 – 91223 Brétigny-sur-Orge Cedex, France

Le risque chimique militaire peut être considéré comme limité à l’heure actuelle, en raison de l’entrée en vigueur en 1997 de la Convention d’Interdiction des Armes Chimiques (CIAC), ratifiée par 192 états. Cette convention prévoyait des mesures de désarmement et de contrôle, et effectivement la presque totalité des stocks déclarés par les états parties ont été détruits à ce jour. Au contraire, la menace terroriste reste présente, comme en témoigne l’actualité récente. Les principaux agents de la menace sont d’une part l’ypérite (ou gaz moutarde), utilisé à grande échelle pendant la première guerre mondiale, dont la synthèse est particulièrement aisée, et d’autre part les agents neurotoxiques organophosphorés (NOPs), parmi lesquels le sarin utilisé lors l’attentat du métro de Tokyo en 1995.

La pénétration cutanée de l’ypérite est rapide (quelques minutes), insidieuse et indolore. Son mécanisme d’action demeure incomplètement compris et il n’existe aucun antidote. Le traitement des lésions cutanées induites par l’ypérite est donc symptomatique, visant à éviter la douleur et l’infection. En ce qui concerne les NOPs (inhibiteurs des cholinestérases, provoquant un syndrome cholinergique), le traitement d’urgence repose sur l’utilisation, dès les premiers signes d’intoxication, de l’auto-injecteur bi-compartiment (AIBC) qui bénéficie d’une AMM. Cependant, la pralidoxime contenue dans l’AIBC traverse mal la barrière hémato-encéphalique et s’avère inefficace pour réactiver les cholinestérases inhibées par certains NOPs. De nombreux travaux de recherche sont donc encore nécessaires. Quoiqu’il en soit, que ce soit pour l’ypérite ou les NOPs, la décontamination préalable des victimes est cruciale afin d’éviter la contamination de transfert vers les soignants et les structures de soins.

La menace chimique est prise en compte à plusieurs niveaux de l’Etat. En particulier, la Sécurité civile est dotée de cellules mobiles d’intervention chimique (CMIC). D’autre part, il existe un « Plan Blanc » au niveau de chaque établissement de santé publique, comprenant un volet de prise en charge du risque chimique dans le cadre d’un afflux massif de victimes. Enfin, les moyens du Service de Santé des Armées contribuent au plan d’urgence gouvernemental Piratox.

Après quelques rappels sur les propriétés et la toxicité de l’ypérite et des NOPs, cet exposé passera en revue les principales contre-mesures opérationnelles relatives aux moyens de secours, à la détection des toxiques, la protection, la décontamination et la thérapeutique. Dans une dernière partie, quelques travaux de recherche menés par le Service de Santé des Armées seront envisagés.

L’auteur déclare l’absence de conflit d’intérêt.

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