Pénurie de curares en France pendant la crise COVID-19. Quels constats ?

P. Odou (Lille, France)


En février 2020, la pandémie du Sars-COV2 s’abattait sur l’Europe et la France. Cette pandémie a conduit de très nombreuses personnes en réanimation avec une nécessité d’une sédation longue. Cette sédation était provoquée par l’administration d’un morphinique, du propofol et d’un curare. Très rapidement, étant donné le nombre de personnes prises en charge, les tensions d’approvisionnement ont été ressenties et ont abouti à des pénuries voire des ruptures d’approvisionnement ponctuelles dans certains établissements. Très rapidement, la pharmacie du CHRU de Lille a mis en place tout un arsenal de procédures afin d’éviter toute rupture. Parmi celles-ci, une des procédures a consisté à la remise en fonctionnement d’une unité de fabrication de curares en lots. Cela a été réalisé mais quels constats peut-on en tirer aujourd’hui ? Il a fallu :
1) Régler avec l’ANSM, le problème réglementaire qui nous interdisait de reproduire une formulation existante sur le marché.
2) Remettre en route les automates de production et/ou la production manuelle à la chaine. C’est-à-dire mettre en place une requalification des machines ne servant plus actuellement et du personnel aguerri à ces techniques.
3) Mettre également en place une analyse de risque afin de prouver notre capacité à produire en toute sécurité.
4) Trouver les matières premières. Pour cela, il a fallu aller chercher sur les marchés internationaux pour trouver les matières premières de qualité pharmaceutique qui ont été achetées par l’Etat à prix d’or.
5) Former le personnel, le plus jeune, à la fabrication d’une forme injectable à partir de poudres.
6) Trouver les contenants primaires permettant le conditionnement adapté à l’usage clinique afin de modifier le moins possible les habitudes des services de réanimation.

En conclusion, certains hôpitaux ont commencé une réappropriation de la pharmacotechnie hospitalière spécialisée. Mais pour que la France soit demain indépendante, il est indispensable que quelques hôpitaux se réapproprient la production à partir des matières premières, forment des spécialistes, maintiennent les machines en fonctionnement et les compétences humaines en période de non crise. Enfin, il faut que l’Etat se dote d’une chimiothèque des matières premières d’intérêt thérapeutique majeur afin de permettre ensuite aux hôpitaux formés de réagir rapidement.

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