Les cancérogènes en milieu hospitalier : identification, construction de valeurs limites et prévention des expositions

M El Yamani, Département santé environnement travail, Santé Publique France


L’identification du danger cancérogène en entreprise est un élément essentiel de la prévention des risques chimiques : étiquetage, respect des VLEP et hiérarchisation des mesures de prévention sont les principaux éléments à prendre en compte.
Au cours de cette intervention sera fait un bref rappel des différentes classifications cancérogènes et de leur poids réglementaire. Ainsi la notion de cancérogène à seuil et sans seuil sera rappelée1. Les effets sans seuil se définissent comme ceux apparaissant quelle que soit la dose administrée. La probabilité de survenue croît avec la dose, mais l’intensité de l’effet n’en dépend pas. L’hypothèse émise est qu’une seule molécule du produit peut provoquer des altérations cellulaires et entraîner un effet. Ces effets sans seuil concernent les effets cancérogènes génotoxiques. Les effets cancérogènes sans seuil sont renseignés à partir des classifications des instances réglementaires gouvernementales et internationales : l’UE (Union Européenne)2et l’US-EPA3(United States Environmental Protection Agency) ; ainsi que par le Circ (Centre International de Recherche contre le Cancer4.
La présence ou pas d’un seuil de danger pour les substances cancérogènes conditionne la méthode de construction des valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP). La valeur limite d’un composé chimique représente la concentration dans l’air que peut respirer un travailleur pendant un temps déterminé sans risque en théorie d’altération pour sa santé. La définition réglementaire de la VLEP donnée par le code du travail reprend la définition fixée au niveau européen. Il s’agit de la limite de la moyenne, pondérée en fonction du temps, de la concentration d’un agent chimique dangereux dans l’air de la zone de respiration d’un travailleur au cours d’une période de référence déterminée soit de 8 heures (VLEP 8 heures), soit de 15 minutes (VLEP court terme).
On considère que l’établissement des VLEP vise à fixer des limites pour l’exposition par inhalation telle que cette exposition, même répétée régulièrement tout le long de la vie professionnelle, n’entraîne à aucun moment des effets néfastes pour la santé des travailleurs.
Malgré cela, en France, 4 % à 8,5 % des cancers, soit de 14.000 à 30.000 nouveaux cas par an, ont une origine professionnelle5. Certes, le cancer est une maladie multifactorielle. Mais le poids des expositions professionnelles est parfois considérable : 15 % à 20 % des cancers du poumon seraient ainsi d’origine professionnelle.
Selon l’enquête Sumer 20106, 10 % des salariés, soit 2,2 millions, sont exposés à au moins un cancérogène. Certains secteurs professionnels sont plus à risque. En milieu hospitalier, les substances identifiées sont le travail de nuit pour les femmes, les agents antinéoplastiques, le formaldéhyde, les UV artificiels et les fumées de diesel. Les femmes sont davantage concernées par une multiexposition au cancérogène7.
De nombreuses études ont examiné la contamination par des médicaments antinéoplasiques dans les établissements de santé. Elles ont montré que les enceintes de sécurité biologique, les comptoirs, les armoires et les sols de la zone de préparation du médicament étaient contaminés à la surface8. Des niveaux détectables de contamination des médicaments ont également été trouvés dans les zones de soins où des médicaments antinéoplasiques sont administrés ; les niveaux de contamination trouvés dans la littérature une concentration de cyclophosphamide allait de 3, 8 (µg /cm2) à non détectée9, ce qui suggère que les mesures de contrôle existantes ne sont pas efficaces pour réduire les niveaux de contamination. En l’absence de VLEP limites actuelles d’exposition professionnelle aux antinéoplasiques, il est donc important de minimiser la contamination.

Références
1 Document de référence pour la construction et la mesure de valeurs limites d’exposition à des agents chimiques en milieu professionnel (VLEP). Rapport d’expertise collective. janvier 2014. https://www.anses.fr/en/system/files/VLEP2009sa0339Ra.pdf
2 https://echa.europa.eu/fr/regulations/clp/legislation
3 Risk Assessment for Carcinogenic Effects https://www.epa.gov/fera/risk-assessment-carcinogenic-effects
4 IARC Monographs on the identification of carcinogenic hazards to human Shttps://monographs.iarc.fr/agents-classified-by-the-iarc/
5 Ellen Imbernon Département santé travail – Institut de veille sanitaire. Estimation du nombre de cas de certains cancers attribuables à des facteurs professionnels en France
6 Les expositions aux produits chimiques cancérogènes en 2010. Dares publication de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques.septembre 2013 • N° 054. https://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2013-054-2.pdf
7 Exposition des salariés à de multiples nuisances cancérogènes en 2010 //Nadine Fréry et coll. Santé publique France, Saint-Maurice, France. Juin 2017https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/148404/2140694
8 Siderov J, Kirsa S, McLauchlan R. Surface contamination of cytotoxic chemotherapy preparation areas in Australian Hospital Pharmacy Departments. J Pharm Pract Res. 2009 ;39:117–121. [Google Scholar]
9 Touzin K, Bussières JF, Langlois E, Lefebvre M. Evaluation of surface contamination in a hospital hematology—oncology pharmacy. J Oncol Pharm Pract. 2009 ;15:53–61.

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