Contamination externe des flacons de cytotoxiques : Simulation de la propagation

S. Mosset1, G. Podilsky2, S. Maier2, L. Berger2, A. Pannatier1, 2 1 Ecole de pharmacie, Université de Lausanne et Genève, Genève, Suisse2 Service de pharmacie, Centre Hospitalier Universitaire du Vaudois, Lausanne, Suisse

Plusieurs études récentes ont révélé la présence d’une contamination cytotoxique sur la surface externe de flacons de médicaments anticancéreux livrés aux pharmacies d’hôpital. Dans la mesure où l’impact de cette contamination sur la santé du personnel travaillant dans une unité de reconstitution centralisée de cytotoxiques est mal connu, le principe de précaution doit être efficacement appliqué. Pour ce faire il est important de comprendre les différents phénomènes à l’origine de la propagation de cette contamination.

Objectifs :
1) Développer une méthode simple et rapide d’évaluation d’une contamination chimique basée sur l’emploi d’un traceur chimique non cytotoxique ;
2) Evaluer la propagation d’une contamination externe des flacons de cytotoxiques dans les zones de fabrication à l’aide de la méthode développée ;
3) Si nécessaire, mettre en place et valider des mesures correctives simples visant à limiter la propagation de la contamination à l’aide de la même méthode.

Le Tinopal CBS-X, un agent blanchissant solide, fluorescent aux UV, a été retenu comme traceur chimique.

Pour évaluer la propagation de la contamination, des flacons en verre simulant des emballages de médicaments cytotoxiques ont été contaminés par sprayage et séchage d’une solution alcoolique de Tinopal CBS-X. Ceux-ci ont été introduits dans le processus de préparation et manipulés par les opérateurs de l’unité de préparation centralisée des cytotoxiques de la pharmacie du CHUV selon les procédures en vigueur. Une fois l’activité journalière terminée, la prise d’images numériques des sites contaminés, identifiés par éclairage UV à 350nm, a permis d’estimer le degré de contamination. Cette quantification est basée sur l’analyse de l’intensité et de la surface des taches fluorescentes photographiées à l’aide du logiciel ImageJ couplée à une technique de scoring. Le matériel et les déchets issus de chaque simulation ont également été collectés et observés sous UV.
Après identification des phénomènes de propagation de la contamination, des mesures correctives ont été mises en place dont l’efficacité a été testée et validée au moyen des mêmes simulations réalisées par 5 préparateurs différents.

La méthode a permis d’obtenir des résultats qualitatifs clairs et exploitables après identification et élimination des sources d’interférences. Quantitativement, la méthode de scoring a été validée conformément aux recommandations de la Société Française des Sciences et Techniques Pharmaceutiques (SFSTP). Il a été observé que la quantification est largement dépendante de la surface considérée. De plus, cette technique par fluorescence n’a pas permis de mettre en évidence les transferts de contamination à partir de résidus secs.

Au niveau des zones de production, la contamination s’est propagée sur le sol, les tables de préparation, ainsi que sur les claviers, souris et écrans d’ordinateur (CATO). Au niveau des postes de sécurité biologique, les sas d’entrée du matériel étaient contaminés, ainsi que le plan de travail et le petit matériel. Les gants latex à l’extérieur et à l’intérieur des PSB étaient également contaminés. Les préparations finales ainsi que l’ensemble du matériel jetable montraient différents niveaux de contamination. Les 2 voies de contamination identifiées étaient d’une part la désinfection par sprayage du matériel et des flacons de médicaments avant l’entrée dans les sas des PSB et d’autre part les gants mouillés par le désinfectant sur lesquels le traceur s’était répandu. A l’intérieur des PSB, le matériel de préparation était contaminé au niveau des bacs des sas d’entrée par le contact direct des flacons mouillés de désinfectant. La manipulation des objets avec les gants mouillés a également contribué à la propagation, mais dans une moindre proportion.

Ces observations ont conduit à la mise en place des 2 mesures correctives suivantes :

  • Utilisation de lingettes imprégnées de désinfectant en remplacement du sprayage pour la désinfection du matériel avant son entrée dans le sas du poste de sécurité biologique (PSB) ;
  • Utilisation d’un bac à 2 compartiments dans le sas d’entrée du PSB, l’un pour les flacons de cytotoxiques et l’autre pour le matériel et les produits non-cytotoxiques.

Après l’introduction de celles-ci, plus aucune contamination n’a été observée, que ce soit à l’extérieur des PSB, dans les sas ou sur la préparation finale. Seuls le petit matériel, les gants en latex et les déchets d’emballages ne sortant pas du PSB et destinés à l’incinération présentaient des traces, mais dans une proportion significativement plus faible.

La méthode de visualisation et de quantification par le Tinopal CBS-X est aisée à mettre en œuvre. Elle permet de tracer rapidement les modes de contamination et de montrer l’efficacité de mesures correctives. Elle nécessite cependant encore des améliorations au niveau de sa sensibilité et de son exactitude, notamment en fonction des surfaces considérées.

Grâce à ces simulations, les voies de propagation de la contamination externe des flacons de cytotoxiques ont pu être identifiées et des mesures correctives simples ont permis d’en maîtriser la dissémination dans zones de production.

Diapos-Contamination externe des flacons de cytotoxiques Diapos-Contamination externe des flacons de cytotoxiques

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